16 octobre 2009 (6)

Une philosophie figée, statique n’aurait aucun intérêt. Il s’agirait d’une doctrine établie à prendre ou à laisser. Le temps finirait par faire son œuvre et les disciples par s’ankyloser. Qui n’avance pas recule et la mousse le disputerait aux racines noueuses.

Une philosophie digne de ce nom doit être remuante, souple, en mouvement. Cela n’empêchera pas le philosophe d’affirmer une opinion, de façon très assurée même. Il pourra passer pour un provocateur, surtout s’il n’a pas enveloppé son propos de moult formules de politesse, précautions de langage et diplomatie huileuse.

Si provocation il y a, elle n’est que perception du récepteur qui juge en fonction de codes conventionnels et de cadres normatifs.  Car il suffirait de rentrer dans la conversation, voire la discussion et d’argumenter, de contredire, d’aller chercher notre homme là où il aime être rudoyé.

Exprimer une opinion, fût-ce d’un ton péremptoire, n’est pas déclamer une vérité universelle. C’est souvent poser les bases d’un débat, d’un échange d’idées qui peuvent s’avérer riches pour tous et sources d’évolutions extraordinaires. En revanche, rester flou, donner un avis évasif ou aller dans le sens du vent n’apportent pas le brassage utile à des révélations ou des ajustements lumineux.

Sur une affirmation directive, on peut se poser,  rebondir, travailler. Affirmer c’est, non seulement respecter l’autre en lui permettant de saisir une occasion de nous faire tous avancer, mais c’est aussi avoir l’ouverture d’esprit nécessaire pour alimenter la machine de la pensée collectivement. C’est donc altruiste et modeste. Prêter le flanc à la critique c’est aussi s’offrir la possibilité de sortir de ses propres cadres. A condition, qu’en face, on nous offre de l’argumentation et non du sentiment, de la rationalité et non des envolées émotionnelles. Le doute est une forme d’ouverture d’esprit. L’affirmation est un chemin vers la remise en question.

Certes, on aura à cœur de recevoir des arguments « à la hauteur ». Et c’est souvent là que s’annonce l’impasse, car tout le monde n’est pas ouvert à la rationalité, a-t-on l’habitude d’entendre. Pour ma part, je n’y crois qu’à moitié, et j’aimerais convaincre. Car j’ai tendance à penser que c’est la paresse qui empêche la réflexion, pas l’absence de capacités.

Une philosophie dynamique se veut ambitieuse et sans limites. Qu’elle prenne du gras ou des rides et nous devrons la rejeter dans un bain de jouvence, la remettre par-dessus tête. Elle devra être son propre objet de réflexion. La poussière ne lui sied pas. La révolution permanente, disait-on sur d’autres sujets.

Alors certains s’y perdent, se fatiguent et les mises en abîme ouvrent le gouffre de leur vertige. Car ils aimeraient avoir quelques certitudes, quelque doctrine sur laquelle s’appuyer, de la règle à suivre bêtement. Qu’on leur offre quelques aphorismes aux accents de « bon sens » et ils seront très heureux. Un proverbe à droite, une maxime à gauche et voilà le chemin balisé. Plus besoin de se poser de questions, de se « prendre la tête ». Enfin, se reposer l’esprit !

Et pourquoi faudrait-il reposer l’esprit ? Il pourrait s’endormir, ce qui serait un moindre mal, mais il pourrait surtout s’éteindre par manque d’activité. Et alors, pour rallumer la flamme l’effort à fournir  serait immense.

N’ayons aucune crainte, c’est le mouvement perpétuel de la pensée, de la remise en question, de la recherche de sens qui sans qu’on s’en rende véritablement compte, dépose au fond de nous des alluvions structurantes. Elles nous créent des bases invisibles dont on ne fera pas la publicité au risque de devenir, et seulement à ce moment-là, donneur de leçons ou moralisateur.

Contrairement aux discours à la mode qui voudraient nous ralentir l’intellect, pour retrouver des sensations plus corporelles ou des émotions plus instinctives, je ne suis détendu et serein que lorsque je pense en continu ; cela ne me fatigue pas, ça me repose. Ce serait plutôt le décrochement de la réflexion qui me mettrait dans un état de stress par le vide qu’il m’offrirait.

Une philosophie dynamique aux questionnements incessants, voilà mon credo !