Avant de vouloir être journaliste puis écrivain, j'ai voulu être curé. Je le suis un peu devenu finalement en étant coach. Mais j'en ai fait des bifurcations avant de retrouver le chemin.
Je me souviens que déjà je gobais avec avidité et béatitude les évangiles et ses leçons. Je me souviens aussi comme je repoussais les contraintes et les préceptes dictés. Le catéchisme de mon enfance, s'il me faisait rêver par l'imagination d'un absolu possible, me faisait fuir par ses contraintes rituelles et ridicules. On voulait déjà nous faire prouver notre dévotion, notre capacité à endurer, notre persévérance dans l'abnégation. Toutes actions que je refusais de montrer, que j'avais en moi sans besoin de preuves. Exprimer cet acquis eût été aussitôt pris de l'orgueil et de la vanité. Cet enfant se prenait-il pour Jésus lui-même ? Certainement pas. Cet enfant pensait que chacun de ses camarades et a fortiori les adultes et le curé étaient comme lui, tout attentionnés à faire le bien, à penser le bien, en silence. Le décorum et le spectacle salissaient la pureté du coeur.
Peu à peu, de déceptions en prises de conscience, je rejetai tout en bloc. Je ne fus jamais curé, pas même enfant de choeur. Mes médiocres prestations en mise en scène de mes comportements moraux n'avaient d'égal que la rigueur que je mettais à ne jamais dépasser d'un cheveu ce que je considérais comme juste et équitable, humble et discret.
Et puis, surtout, j'avais compris assez tôt, malgré mon intérêt pour le spirituel que Dieu n'existe pas.

Aujourd'hui, un demi-siècle plus tard, je me rends bien compte que j'avais déjà les mêmes convictions qu'aujourd'hui. Le temps et le travail n'auront servi qu'à leur donner un peu plus de compréhension, de netteté et une explication possible.
Pour être curé, le premier pré-requis est de croire en Dieu. On peut le comprendre. Il ne s'agit pas de déstabiliser la multinationale doublement millénaire. Alors, je cheminai autrement, avec mille détours. Et, sans le savoir vraiment, toujours en recherche de pureté et d'absolu, toujours fasciné par une spiritualité supérieure et non-récréative, éclairante et non-contraignante, rationnelle et applicable, praticable.
Là encore, l'enfant avait deviné la conviction du vieil adulte en devenir. Mais, il n'avait pas les mots, ni la crédibilité. Alors, il se taisait. Il ferait son chemin spirituel tout seul, sans support clérical et bondieuseries infantilisantes et anesthésiantes. Quant au pouvoir du ciel, il se l'octroya à lui tout seul, à l'intérieur. Oh, non sans doutes, mais sans faiblesse.

Aussi, lorsque je découvrais au fur et à mesure les différentes techniques et méthodes impliquant l'esprit, j'étais toujours déçu. On mettait à chaque fois un nom sur une évidence. C'est ce que je pensais. Le travail intentionnel et devenu naturel sur mes pensées venait d'être nommé, par bribes. De la relaxation à la méditation, de la prière à l'autoguérison et de l'autohypnose au pouvoir sur les évènements, je n'étais jamais impressionné. Quel orgueil ! Quelle prétention ! penseront certains. Quelles déceptions ! dirais-je plutôt.
Médiatiser, voire commercialiser l'évidence est assez médiocre, et l'appât du gain profitant de la faiblesse de son voisin relève de la manipulation intéressée.

Comme toujours, la musculation n'advient que par l'entraînement. Comme pour le corps, l'esprit a besoin de se fortifier en travaillant tous les jours, sans relâche, avec persévérance et régularité. Plus tard, bilan fait, on prend conscience de sa progression et soulever des montagnes sans lever le petit doigt devient un jeu d'enfant. On parle ici, de foi et de croyance certes, mais aussi de confiance et de courage, de volonté et d'humilité.
Acceptons d'écrire que notre vie dépend de nos actions. Acceptons-le comme une loi de l'esprit, universelle. Et, à partir de ce moment-là, nous n'endosserons plus le statut de victime, et nous n'aurons plus jamais la réaction du fataliste. La chance et la malchance n'existant pas, nous les jetterons avec le hasard... aux oubliettes.

Pourquoi une spiritualité rationnelle ? Parce qu'elle relève d'un rapport de cause à effet évident. Je pense mal, le résultat est mauvais. J'agis bien, j'ai un retour positif. J'exècre tous les ésotérismes dont je ne me suis jamais rapproché. Une simple curiosité m'aura suffi pour honnir définitivement ce qui relève de l'extérieur de l'individu et joue sur la crédulité. Je sais aussi que certaines manipulations ont des effets positifs, et que nombre d'exemples nous prouvent que le fait de croire en quelque chose peut suffire à sortir d'une ornière. Comme fut guéri ce vieil homme pieux lorsque son fils lui apporta un vieux morceau de bois lui certifiant qu'il s'agissait d'un débris de la croix du Christ. Miracle ! En le touchant son agonie prit fin dans la seconde et il retrouva ses jambes de vingt ans. Bien. Pourquoi pas ? Mais cela reste de la manipulation. J'aurais préféré que le vieillard, à force d'étude, comprenne que c'est son propre travail sur son propre esprit qui pouvait donner le même résultat. L'aide d'une mise en scène, d'une cérémonie ou d'un symbole ne sert à rien si les esprits sont éveillés.
Notre esprit, bien entraîné et apprivoisé a du pouvoir sur les évènements extérieurs. Et ce n'est pas un ésotérisme, ni une croyance béate. Seulement, il demande un travail et un éveil permanents, une recherche et de l'expérimentation. Il ne suffit donc pas de croire, il convient de savoir, donc de comprendre, et de faire.

Je n'aurai jamais été curé. Même si mes écrits ont un parfum de prêche et parfois de sermon. Les miracles ne sont que l'écume de mouvements sous-marins autrement plus puissants. Et, pour répéter ici ma devise personnelle : ce n'est pas la situation qui fait l'état d'esprit, c'est l'état d'esprit qui crée la situation.