Par les temps qui courent, il est assez difficile de faire passer l'idée d'une indéfinissable ressource intérieure à disposition, en évitant la niaiserie de l'irrationnel sans basculer dans la froideur de l'hyper-rationalité.

Persuadé que certaines lois naturelles remontent peu à peu du fond d'un ésotérisme coupable vers une réalité scientifique qui attend validation,  je suis de ceux qui s'en servent. Nous les avons testées. Nous les savons efficaces. Mais, l'idée de les partager ou d'en faire, au pire, du prosélytisme, nous paralyse. En effet, la mode est au simplisme, et, la moindre idée s'interprète à la vitesse dictée par la paresse, et finit dans une case. On devra éviter des mots connotés, et, depuis l'air des partages supersoniques, tous les mots le sont par esprit moutonnier ou besoin d'appartenance. Plus besoin d'être cultivé ou travailleur, on aura entendu un mot une seule fois, il aura été interprété par une figure médiatique, on se le sera approprié et on pourra le recycler pour faire de l'effet. Au bout du compte, tout sera transformé et finira galvaudé. Alors, oser évoquer des sujets sérieux avec des expressions maquillées par la masse, est un exercice périlleux.

Prenons, pour exemple, le « Développement Personnel », qui en soi, sans rien inventer, avait tout pour faire éclore des individus autonomes et responsables, il s'est transformé en un salmigondis de théories allant de fumeuses à éprouvées. Et, dans ce cas, ce sont toujours les fumeuses qui étouffent les autres. Tout sera bon pour être dans l'air du temps, et on n'hésitera pas à appliquer à des domaines censés y échapper les mêmes méthodes de marketing et de manipulation que s'autorisent les milieux qu'on prétend combattre.

Autre illustration : nous sommes passés dans l'ère des émotions étalées sans pudeur, sous prétexte qu'on les avait étouffées dans le passé. La dictature du ressenti a pris le pouvoir contre la force de la réflexion et de l'analyse. Et vouloir se situer entre les deux, ou mieux, en symbiose avec les deux, sans en faire une publicité clinquante, relève de l'équilibrisme sinon dangereux au moins éreintant.

Mais quand le vin est tiré, il faut le boire. Aussi, le risque de passer pour un illuminé pour certains, et un analyste froid pour d'autres existe. Le plus souvent, on sera les deux, quand on aurait pu être, ni l'un, ni l'autre. Chacun ayant tendance à s'opposer plutôt qu'à épouser.

Parlons donc, ici, en connaissance de cause des conséquences d'une spiritualité rationnelle, et ajoutons, personnelle, pour bien enfoncer le clou :

Nous sommes le résultat de nos comportements et de nos pensées. Si on applique strictement un rapport de cause à effet à toute chose, une action donnera un résultat, et probablement, le même résultat si on la répète. Imaginons, ou proposons, ou affirmons, que notre pensée est une action et que par conséquent, elle a le pouvoir de créer des effets liés, non pas à l'application, mais à la seule pensée.

D'aucuns vous parleront de Pensée positive, de prières, de Loi de l'Attraction, voire de méditation, de visualisation et autres termes. Tous auront raison. Ils auront habillé une loi de l'esprit à la mode de chez eux. Rien à en redire, si on n'en disait pas déjà trop. Car le hic réside surtout dans l'affirmation bête, et pas dans l'application discrète. On veut vendre le programme. Et, on le fait avec de gros sabots. On endoctrine, on fidélise, on hypnotise. Il suffirait de mettre à disposition des expériences et que chacun y cherche son outil et le tour serait joué. Efficacité et liberté feraient bon ménage. La foi est plus belle que Dieu, chantait Claude Nougaro. C'est sûr. La foi se suffisant à elle-même n'est plus une croyance, c'est un fait, une entité, pas une probabilité. Avoir la foi, c'est s'élever. Croire, c'est se livrer.

Si par un travail continu, on domestique et entraîne sa pensée dans un sens voulu, par les moyens qu'on choisira, il arrive un moment où on aura acquis des automatismes qui feront partie de notre structure. Ils auront remplacé d'autres automatismes qui souvent n'étaient que des réactions instinctives, puisqu'ils ne fonctionnaient pas sur ordre. Alors, on n'aura, peu à peu, moins besoin de travail intérieur, beaucoup de comportements deviendront acquis et opérationnels en continu. L'esprit s'entraîne et se programme, comme le corps. Il suffira de rester en éveil pour ajuster encore et encore.

Les objections les plus courantes à cette programmation nous parlent de « naturel » et de « machine ». Le nouveau fonctionnement ne serait pas naturel et nous finirions machine.

On oublie que le naturel, s'il a existé, s'est délité dès notre naissance, puisque nous avons été, rapidement, pris en charge par nos parents et la société. Chacun est, donc, transformé. Ce n'est plus la nature. C'est de la programmation. Avec notre travail personnel, nous créons notre « propre » programmation. Et cela change tout. Déconstruire ce que les autres ont fait et reconstruire avec sa responsabilité. Là, seulement, nous pourrons être autonome et libre. Déconstruire ne veut pas dire rejeter, mais, remettre en question, et savoir faire le tri entre ce qui se garde, ce qui se recycle et ce qui se jette.  Ajoutons que la « Nature » élevée, par nos sociétés post-survie, au rang de divinité, est plutôt à domestiquer. Elle ne nous veut pas que du bien. La respecter est une chose, la laisser faire en est une autre.

Je ne veux pas ici, proposer des fiches pratiques de travail sur son esprit. Il est, selon moi, essentiel d'aller chercher soi-même l'information, voire la formation et d'expérimenter.  Des manuels de chaque discipline existent partout et depuis toujours. Mon expérience personnelle, m'a fait découvrir, le plus souvent par la lecture, puisque c'est mon mode d'apprentissage privilégié, de nombreuses approches de l'Humain que je ne veux pas nommer pour les raisons explicitées plus haut. La curiosité insatiable pourrait englober le tout, et on ne serait pas loin de la vérité de mon fonctionnement, même si c'est le regard en arrière qui le découvre. J'ai, bien sûr, fait l'impasse sur de nombreuses théories et pratiques, et, me suis tenu volontairement à l'écart de tous les ésotérismes ridicules et les activités de groupes. Je m'en porte fort bien.