novembre 005

Le pessimiste pense toujours que l'optimiste fait semblant de l'être. Qu'il applique bêtement une méthode Coué de langage courant, qu'il "positive" ânonnant des mots dictés et qu'il se rassure par un pari stupide. Car, bien entendu, le pessimiste se croit dépositaire de la lucidité. Celle qui fait voir le monde et la vie sans lunettes colorées. Sa besace est pleine d'anecdotes, de faits historiques et de vérités éclairantes. Ne pas admettre l'évidence, c'est avoir le déni des poltrons, pense-t-il.
Le pessimiste est dans la survie et dans le subi. Sa pensée négative alimente sa machine à perdre et il finit par se donner raison. Quand on part du résultat, c'est assez simple de prendre les attitudes le démontrant. Et quelques innocents se font ainsi contaminer.
Le pessimiste a une autre caractéristique, il aime forcer le trait. A peine inquiet dans sa salle de bains, il va franchement se montrer désespéré en public. Et le moindre doute se transforme en catastrophe. Qu'importe les moyens pourvu qu'on prêche la bonne parole, la vraie parole, l'apocalyptique parole. A ses yeux, l'optimiste est un illuminé, un béat irresponsable et fataliste qui s'offre ainsi les raisons de ne pas agir. Le comble : parfois le pessimiste se croit sauveur de l'humanité, éveilleur de consciences, redresseur de torts.

L'optimiste l'inviterait bien à sauter par la fenêtre pour prouver sa cohérence. Seulement, il faillirait à la sienne. Alors, il se résigne à proposer d'autres voies, à, inlassablement, argumenter pour la vie. Son image lui importe peu, il fait. Il fait car il sait. Souffrances, doutes et croix sur le dos, il marche, trébuche et se relève. Le prochain virage révélera bien une pâquerette... peut-être. Celle qu'on n'aurait pas pu voir. Même qu'on pourrait l'effeuiller... peut-être. Pour une belle qui pourrait y croire.
L'optimiste compte sur lui sans compter ses pas, sans compter son temps. Demain chantera avec ou sans lui et c'est vrai. Parole d'illuminé, pense-t-il avec dérision. Il sait que c'est dans les verres vides qu'on se noie le plus facilement. Et que c'est l'état d'esprit qui décide de l'état de la situation. Pas l'inverse.
Mais... a-t-on vraiment le choix ?

Il est courant de dire que l'optimisme est de volonté quand le pessimisme serait d'humeur. Néanmoins, on peut aussi se demander s'il n'y aurait pas dans cette affaire une question d'étoile bien placée, même s'il me coûte de l'envisager.
Une étude sérieuse et récente, dont j'ai égaré les références, avait constaté que les gros gagnants à la Loterie présumés pessimistes, passaient par une phase d'euphorie et d'espoir d'environ un semestre qui leur faisait envisager l'avenir sous les plus lumineux auspices. Mais qu'il s'en suivait un retour à la case départ les ramenant à leurs ruminations habituelles. Avec ou sans gros lot, ils continuaient à épouser l'état d'esprit pessimiste. Le verre à moitié vide reprenait le dessus. En revanche, sur la même période, des présumés optimistes ayant subi un grave accident les ayant cloués à vie sur un fauteuil roulant, par exemple, une fois passée une phase de dépression légitime, reprenaient leurs réflexes de "verre à moitié plein" en repartant à l'assaut du possible et en mettant des projets en place.
La gestion de la situation, quelle qu'elle soit est affaire d'état d'esprit. Et on ne se change pas facilement par l'extérieur. De là à parler de fatalité, il y a un pas que je ne veux pas franchir. Mais je ne veux pas non plus être de ceux qui affirmeraient qu'une incantation positive suffirait à vous faire changer de camp. Est-ce affaire de force de caractère, question de qualité de l'enfance, de hasard pur et simple ? La question reste en suspens. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut rien faire.
Éduquer son esprit par des exercices est toujours salutaire d'où qu'on parte. Les adapter à une situation réelle sera absolument nécessaire pour ne pas tomber dans une illusion de mieux-être qui s'avèrerait désastreuse à la sortie du tunnel euphorique. Ici encore, l'analyse, la méthode et la persévérance seront les meilleures compagnes de voyage vers une vision plus joyeuse et non feinte de la vie. Posé sur une réalité plutôt que sur une distorsion de celle-ci, notre travail aboutira à des résultats durables.

Alors, qu'on ait le choix ou pas de voir la vie du bon côté, donnons-nous en les moyens, sans faire semblant. Même dans le pire des chaos, il y aura moyen d'accrocher un fil sur lequel tirer. Le réel est parfois tragique, sordide, terrifiant. C'est pourtant à partir de lui qu'il faudra avancer. On ne peut partir que de l'endroit où on est. Faute de quoi, on s'expose à des désillusions s'ouvrant sur des gouffres encore plus profonds.
Par conséquent, la lucidité sur le réel est compatible avec l'optimisme, un optimisme sérieux, si je puis dire, un optimisme devenu structurel qui ne s'éparpillera pas comme peuvent le faire l'espoir et le rêve, illusions des temps modernes. L'espoir attend. Le rêve rêve. Le pessimisme creuse. Et l'optimisme se relève les manches et se met au travail motivé par les défis à relever et les opportunités mises à jour par l'analyse.
La puissance optimiste n'a pas d'adversaire à sa taille.