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Le savoir est une piste très simple à expliquer et difficile à mettre en oeuvre pour sortir du brouillard que nous offre parfois le présent.
Pour certains, curieux naturellement, ils s'en emparent sans effort, ils vivent avec, ils font corps frénétiquement avec cette avidité de connaissance qui comme des rails souples s'étire en continu devant leurs pas. Aucune gare terminus, la voie est sans fin, chaotique parfois, mais, à coup sûr, elle avale les tunnels.
Pour d'autres, il s'agira de trouver un moyen de mettre le pied à l'étrier, d'amorcer la pompe. Ce sera un professeur, par une phrase qui touchera le coeur d'un cerveau vierge et déclenchera la curiosité, ou une rencontre, un livre reçu un jour comme présent ouvrant sur un avenir radieux.
Enfin, et c'est difficile de l'écrire, nombreux sont ceux que la soif de connaissance n'effleurera jamais. Ils resteront secs, à peine outillés de ce dont ils auront besoin pour survivre. Pas plus. Fort heureusement pour eux, ils sont rarement conscients de ce qu'ils perdent.

Malgré une époque aux multiples possibilités de se cultiver, à moindres frais, on observe une misère culturelle et intellectuelle que d'aucuns trouvent même grandissante. Car, comme toujours, les moyens censés nous aider à aller plus vite ou à faire mieux, sont souvent détournés et nous incitent à faire moins en cherchant la facilité. Sans efforts, on ne risque pas d'évoluer. Les correcteurs d'orthographe devraient nous alerter sur nos erreurs et ainsi nous faire enregistrer une règle ou un mot inconnu. Malheureusement, on s'en sert pour corriger dans l'immédiat sans intégrer un savoir une bonne fois pour toutes. Je connais même des personnes qui sont dérangées par leurs carences en orthographe, qui ne manquent d'aucuns moyens pour y pallier et continuent à cheminer dans une forêt de mots qui, dans leur esprit, sont des arbres au milieu d'une broussaille hostile, sans clairière, sans différenciation des espèces et sans recherche d'harmonie dans les plantations. Va comprendre !
Lino Ventura expliquait un jour, que, conscient de son manque de culture, il avait décidé de s'enfermer dans une chambre un certain temps, avec des cartons de livres d'auteurs classiques. Ce qu'il fit. Il se mit "à jour" et il put cheminer enfin tranquille et serein sans honte parmi les siens. C'est un exercice, un peu extrême, mais sans doute efficace quand on n'a pas pu le pratiquer sur la durée.
Moi-même, issu d'un milieu d'immigrés pauvres,  père ouvrier et mère analphabète, je m'aperçus, vers l'âge de 15 ans que forcément je manquais sérieusement de culture, mais surtout à quel point j'étais ignorant des mots abstraits. Ce fut un choc, un électrochoc salutaire. Un tournevis et une passoire, c'était un tournevis et une passoire, mais l'ironie ou la commisération ne se trouvaient dans aucun placard de la maison, même celui de la communication. Alors, je me mis à lire, et lire, et lire. Puis écrire. Se cultiver, en douceur, ou aux forceps, ça marche ! Et c'est possible pour tous. Mais, contrairement à ce qu'on entend souvent, je ne pense pas qu'il faille lire n'importe quoi pourvu qu'on lise. Au contraire, je crois, là aussi, à l'exigence, qu'il est préférable de lire de la qualité sans comprendre du premier coup que de la médiocrité accessible et inefficace pour sa construction, voire néfaste.

Je veux en venir à l'idée qui me tient à coeur concernant la recherche d'un bien-être personnel, osons dire du bonheur, pour faire dans l'air du temps. Le savoir donne des ailes. Plus on sera à l'aise et on aura acquis de connaissances générales mieux on saura se situer dans le Tout, universel ou sociétal. J'insiste sur le "général" car la spécialisation a tendance à fermer les esprits, comme la culture partisane. Il est des gens très cultivés capables des pires monstruosités enfermés qu'ils sont dans leurs certitudes, dans leur monde confortable, leurs dogmes inébranlables.
Nous appréhendons les situations par notre vécu. Nous analysons ou nous ressentons, nous anticipons ou réagissons, en fonction de ce que nous connaissons. Plus nous aurons de cordes à notre arc, plus nous pourrons avoir le geste juste. Et la compréhension du monde qui nous entoure aura des effets positifs sur notre autonomie et notre liberté. Qu'il s'agisse d'Histoire, de psychologie ou de géopolitique, ils seront à disposition pour faire interagir les domaines et nous éclairer sur notre chemin.
Nous manquons de connaissances ? Allons les acquérir. Un mot nous échappe ? Ne nous laissons pas sans réponse. Nos émotions nous handicapent ? Apprenons à les gérer. Une compétence nous manque ? Intégrons-la. Tout est à disposition. Il s'agira seulement de savoir mettre cette recherche ambitieuse et d'excellence à sa place, l'une des premières. Laissons le divertissement aux autres. A ceux qui préfèrent se plaindre de leur situation sans la changer. Être porté par la lumière du savoir est d'une autre nature. Plus besoin d'ersatz de bonheur, de palliatifs au bien-être ou d'euphorie passagère, la joie qu'on en retire est structurelle, intégrée et durable, comme doit être durable le travail d'acquisition de connaissances nouvelles.
On ne peut pas tout savoir et cet exercice peut être fait à tout niveau sans imaginer intégrer l'ensemble de la connaissance du monde. C'est impossible. Alors on pourra faire l'impasse, on devra faire l'impasse sur des domaines qu'on laissera à des spécialistes et privilégier la culture générale et éventuellement l'approfondissement d'un sujet qui passionne.

Je prétends que la porte de la connaissance est ouverte à tous, pour peu qu'on se donne les moyens d'en passer le seuil. C'est un axe de développement lumineux.