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Depuis quelques temps, une tendance à évoquer la relativité en toutes circonstances se répand dans les esprits.
Fièrement affichée et revendiquée cette relativité donne à ceux qui le serinent des allures de tolérance et d'ouverture d'esprit modernes, si j'ose dire, en tous cas qui se veut en opposition à des règles ancestrales et manichéennes qui ont eu cours longtemps. Mais il en est de la tolérance et de l'ouverture d'esprit comme de toute chose. Appliquées à l'excès, elles finissent par être contre-productives. Le dénoncer est très mal vu et l'époque colle illico l'affreux terme de "réactionnaire" souvent affublé d'une appartenance qui se veut fine, et d'un diminutif qui se veut fun. On parlera de réacs de gauche, de réacs de droite, ou de nouveaux réacs.
L'affirmation d'une opinion finira sa course dans une case et la parole sera coupée. Ainsi, l'ouverture d'esprit prônée aura fait long feu et aura tous les accoutrements du totalitarisme. Mais dire cela, c'est déjà retourner dans le circuit dénoncé et subir les affres d'une pensée collective molle et pourtant expéditive.
On retrouve cette attitude qui ne se mouille pas, chez ceux qui jouent au plus-humaniste-que-moi-tu-meurs et derrière des expressions toutes faites et suspectes qui fleurissent à toute allure, en toutes saisons. Tout est relatif. C'est chacun sa route, chacun son chemin. A chacun sa vérité, sa réalité. On n'est pas tous faits pareil. C'est son karma. Faut pas juger. Il est comme ça, on ne va pas le changer. Il faut prendre les gens comme ils sont, etc. etc.
Voilà tout prêt le catéchisme qui refuse le débat, la confrontation et l'analyse. Au mieux, on parviendrait à placer une objection qui pousse dans l'angle de la pièce, on nous rétorquerait, comme un joker brandi, qu'on assume ses contradictions. Fin de la discussion. Et les talons n'ont plus qu'à tourner.

Ceux qui s'engagent ou se lancent dans l'affirmation d'une théorie n'ignorent rien de la relativité bien entendu. Mais ils savent que labourer la pensée permet de faire émerger quelques étoiles sur lesquelles ont pourra plus aisément filer en conscience, au grand air, quitte à en changer le lendemain après avoir découvert d'autres sources généreuses.
Cependant, ils savent aussi que des piliers fondateurs existent et qu'un rapport rationnel de cause à effet reste valable tant qu'il n'est pas démenti par un mécanisme nouveau qui ne se substitue objectivement au premier que parce qu'il aura été tout aussi rationnel, démontré et partageable.

Je veux ici rappeler le caractère prédominant de la pensée sur le sentiment, et l'importance de l'engagement responsable, avec son risque, surtout quand circulent dans nos cités des approximations personnelles qu'il ne conviendrait pas de discuter puisqu'elles sont personnelles justement. Dans ce cas, on nous parle sans oser le dire d'immobilisme et de confort, choses pour lesquelles je n'ai aucun respect.
Parfois, on trouvera plus érudit qui nous expliquera qu'en effet, en fonction de point de vue, de vécu ou d'état d'esprit, une même chose peut apparaître bien différente à l'un et à l'autre. Certes. Et il conclura que "c'est chacun sa réalité". Alors qu'il aurait dû dire : "c'est chacun sa vision de la réalité". Affirmation qui permettra de laisser la porte ouverte à une autre perception suite éventuellement à l'intégration d'éléments nouveaux. Alors que dans le premier cas, le débat sera impossible et rien ne pourra changer.
Cette forme de relativisme primaire et démocratisé a à voir avec la paresse, avec la peur de la confrontation et la recherche d'une harmonie de façade, une fuite qui voudrait passer pour un altruisme, comme on le voit dans l'oecuménisme plan-plan souvent affiché. C'est dommage. L'harmonie résultant du débat et de l'échange posés sur une réalité commune est bien plus solide et durable qu'un sauvetage des apparences éphémère et doublement consommateur d'énergie puisqu'il faudra, sans cesse, s'y recoller.

En conclusion, il m'apparaît que tout relativiser crée plus de noeuds et de complications. Quand tout se vaut, plus rien n'a de valeur. Comme toujours, et comme nous l'avons déjà vu, la complexification en amont, ou au moins, en temps et en heure, si elle demande un peu plus d'efforts ouvrira toujours des clairières de simplicité très apaisantes et rafraîchissantes.