05 septembre 2011 (6)

La puissance d'exister est une association de mots qui, en soi, est déjà un accélérateur d'énergie incroyable. La lire, l'écrire, l'entendre,  c'est lui donner corps et sens. On y met du ton, de la force et du ventre sans le vouloir. On y appuie sur les pleins, on s'envole sur les déliés, et le clavier se doit d'être solide s'il veut transmettre l'énergie que l'expression procure. On s'emplit de sonorités engageantes et solides, explosives et vivifiantes.
La puissance d'exister, a cependant autre chose que le pouvoir des mots. Si les définitions varient, il me semble que l'essence a des racines communes pour chacun. Et si tout le monde aimerait posséder ce moteur, peu nombreux sont ceux qui s'attachent à le fabriquer, en amont.
Est-elle résultat ou don de la nature, des gènes ? Il m'apparaît qu'elle est résultat. Mais, je confesse ici que c'est souvent ce que je réponds pour tout outil de vie, qualité positive ou valeur structurante. C'est que je suis partisan d'une évolution due au travail et au mérite plus qu'à une récompense divine ou un cadeau gratuit.

La puissance d'exister, si elle est résultat, a deux sources :
La première relève de la réponse apportée par chacun à un évènement extérieur fâcheux et tragique. Soit on s'écroule, soit on se bat. Cette position de combat face à une hostilité va déterminer notre capacité à activer des ressources en nous-mêmes, des ressources qui sont là, à disposition, et qu'il faudra rassembler pour emporter la partie. Le mot de "résilience" s'est démocratisé et chacun sait bien ce dont il s'agit. Débuter le combat, c'est sur-multiplier les possibilités. L'état d'esprit conquérant nous octroiera une témérité insoupçonnable et des capacités nouvelles. Une force intérieure, instinct de survie peut-être, révélera une puissance d'exister qu'il vaudrait mieux ne pas contrarier. Les textes déjà publiés,  "L'énergie Claire" et "De la rage à la joie" en sont de bons exemples.
La seconde source pourrait se situer dans le travail de construction de soi, souvent long et exigeant. Entamé tôt, avec réflexion et recherche de sens, avec retours d'expériences et accumulation de connaissances, cet effort d'apprentissage de la vie, ouvrira, forcément, à une structure de l'individu, assez solide pour appréhender les évènements avec une certaine maîtrise et une affirmation non feinte. Fort de ce bagage structurant, l'individu pourra, désormais, sans oublier de continuer sa construction à l'infini, se consacrer à vivre pleinement, en conscience, et en faisant des choix personnels et assumés. Nous l'avons évoqué dans une publication antérieure, "La Complétude de l'Homme".

La puissance d'exister, qu'elle vienne de l'une ou l'autre source, aura fait en chemin, quelques découvertes. La prise de conscience de la futilité de la plupart de nos actions liées à la société va soudain sauter aux yeux lorsqu'on aura le risque de perdre sa vie ou lorsqu'on saura prendre ses distances pour jouir de bienfaits plus élevés.
L'attachement au matériel et à l'argent aura fait long feu. Ajoutons-y la réussite sociale, les honneurs et autres reconnaissances terrestres. Les projecteurs ne font briller que les vernis quand le moteur de la Joie oeuvre à l'ombre, en coulisses.
Le retour à l'essentiel, même si l'expression est galvaudée, constituera le résumé d'une possibilité d'oser aller vers le sublime, sans entraves morales, sans mirador bourgeois.

La puissance d'exister n'est pas si elle ne s'accompagne pas de liberté individuelle. Imposée par l'évènement ou arrachée par l'effort personnel, elle donne des ailes sages qui goûtent le temps qu'il reste sans se brûler aux feux de délices illusoires, éphémères et dangereux. Et comme le dit si mal l'expression profiter de la vie, qui suggère une forme de consommation effrénée de plaisirs limités, il s'agira d'apprécier des breuvages sains et dignes, les pépites de l'existence, paradis réels que la société et la vie quotidienne nous avaient bien cachés, camouflés sous des tonnes de temps perdu, d'apparences mielleuses et d'ambitions en carton-pâte.
C'est l'heure pour chacun de choisir entre se divertir, tuer le temps, combler le vide, suivre les rails, reproduire, organiser la fuite, maquiller le fond, inventer une réalité, mentir à soi-même, illusionner à souhait et se construire La Puissance d'Exister. On a toujours le choix.