Nul ne peut se targuer de connaître la recette du bonheur, même si les prédicateurs en tous genres sont nombreux depuis la nuit des temps. Notre époque nous offre, en plus des nouveaux messies à la sauce numérique, des solutions miracles pour tout. Heureusement, elles se font concurrence et chacune lavant plus blanc que la précédente, elles s'autodétruisent, pour peu qu'on n'ait pas plongé trop tôt dans la marmite.

Alors faut-il se méfier pour ne pas trop se confier à un gourou talentueux ou à une idée séduisante ? Certes non. La méfiance ne sert à rien, elle crée de la peur et de la tension. La vigilance et la réflexion individuelle seront meilleures conseillères.

Nous évoquerons, un autre jour, certains outils permettant de se forger une capacité à réfléchir par soi-même, et, les ressources à acquérir pour garder sa liberté de penser et d'agir.

Malgré cette introduction en forme d'avertissement, je vais m'appliquer à expliquer ce qui, de mon point de vue, constitue une base de développement pratique personnel, la saine attitude. Il sera donc question de gestion individuelle de la vie et surtout pas de prosélytisme ou de méthode à vendre. Je ne vais tout de même pas m'associer aux gourous appelant à se méfier des autres gourous. (Une lecture fine de cette phrase pourrait aussi le laisser penser). Alors, pour éviter cet angle, le « Je », exprimant seulement une opinion, me semble approprié. Il se veut porteur d'expérience. Si, en plus, il s'avérait, serrurier partageur, tant mieux. Mais, laissons faire le récepteur. C'est lui qui décide.

La saine attitude, si elle fait une référence simpliste et, cependant, astucieuse, à une mode et une formulation concernant la « zen attitude », ne lui emprunte pas tout, loin de là.

La saine attitude se veut un engagement permanent dans l'ajustement de ses propres comportements, qu'ils soient actions concrètes ou pensées intérieures. Cet engagement ne doit pas s'entendre au sens habituel. L'engagement citoyen, politique, associatif, a l'inconvénient, selon moi, de tenir par le groupe et la visibilité de l'action, sa publicité pour être plus précis. L'engagement intime et personnel est plus exigeant. Il rend sévère avec soi-même et nécessite d'être seul sur le pont de sa mission. Pour la bonne cause.

Mon engagement à une vie saine emprunte au détachement. Cette affirmation peut sembler aussi oxymorique que la Joie Sérieuse. C'est vrai. Tant mieux. Elle permettra d'ouvrir une autre voie : se détacher du temporel, du matériel ou de l'efficacité à court terme pour s'engager vers des chemins plus ambitieux et lumineux qui défieront le temps en alimentant la structure plutôt que la surface. Le désengagement, c'est un engagement.

Tentons, à notre échelle, de faire, sans recherche de retour gratifiant, ce que l'on croit bon pour l'espèce, et non pour les honneurs de la gazette éphémère.

Être vivant, c'est donné à tout le monde, ça vous tombe dessus. C'est tout. Mais, décider de considérer sa vie comme une mission, c'est une autre affaire. Notre regard sera en vigilance d'une attitude adaptée à la situation avec une vision à long terme. Toujours.  Décider que chaque instant nous présente une situation nouvelle, et se demander ce qu'on peut en faire de mieux, qu'elle soit de notre fait ou pas.

J'ai choisi, très tôt, la sagesse du marathonien plutôt que l'instantanéité du sprinter, les coulisses plutôt que l'estrade, et le verre à moitié plein qu'on fait déborder, pour faire court. La tortue sage n'a que faire du lièvre fanfaron, elle a programmé sa course, planifié son action.

Oser dire que « la vie se gère » est assez dénigré par les temps qui courent. On taxe illico celui qui l'affirme de gestionnaire froid, d'ordinateur sans émotions ou de donneur de leçons. Pourtant, c'est bien ainsi qu'on évitera de s'apitoyer sur son sort et d'encombrer les autres de plaintes inutiles et handicapantes. Car, nous sommes le résultat de nos comportements et de nos pensées. Se contrôler et se maîtriser, voire se contraindre peuvent offrir une liberté et une quiétude insoupçonnées. On y gagnera toujours à anticiper, préparer, prévoir. Bien entendu, l'époque est à la recherche de plaisir débridé, à l'amusement, au relâchement et au divertissement déculpabilisant. Les injonctions à lâcher-prise et à se faire plaisir sont prises au vol par ceux qui auraient, au contraire, besoin de plus de recul et d'introspection, de réflexion et de travail posé. Ceux qui auraient pu bénéficier du conseil, se réfugient encore plus dans leurs habitudes. Du travail sur soi, du courage et de la persévérance remplissent la hotte des cadeaux pour plus tard. Pendant ce temps-là, des armées d'esprits follets auront fait long feu et construit de la désespérance.

Programmation, anticipation, vision, patience et tranquillité d'esprit n'empêchent en rien, une fulgurance de la pensée, une ébullition de l'énergie et une puissance optimiste non-feinte. La passion et la tempérance font un cocktail détonnant. Nous ne sommes jamais plus efficaces, que lorsque nous sommes détendus et concentrés. Très détendus et très concentrés. C'est notre état d'excellence. A nous de le faire durer. Et, c'est possible.