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La Joie Sérieuse

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La Joie Sérieuse
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8 septembre 2026

Le moment Espagne

 

Tout laisse à penser que c’est le moment Espagne. Et, je ne pense pas seulement à la Coupe du monde de football où le pays se retrouve en finale dans deux jours.

L’Espagne de son Premier Ministre Pedro Sanchez est l’honneur de l’Europe, Europe qui se déshonore dans sa mollesse face à Israël et qui cire les pompes de Donald Trump. Sans compter ses populations qui basculent à la Droite de la Droite.

Seule l’Espagne a encore une colonne vertébrale, des cojones si j’ose. Elle s’oppose au survol de son territoire pour aller attaquer l’Iran, elle reconnaît l’Etat de Palestine, elle refuse la surenchère militaire. Quand l’Europe de Von der Leyen et L’OTAN de Rütte flattent les trumpitudes à longueur de journée.

Pendant que je marchais sur le Chemin de Compostelle, dans le nord de l’Espagne, je n’ai pas compté les centaines de drapeaux palestiniens exposés aux fenêtres. Un pays de résistance.

A la fin de la Vuelta, le tour cycliste espagnol, Pedro Sanchez a félicité les citoyens qui ont perturbé l’épreuve pour soutenir les Palestiniens et s’opposer au génocide à Gaza. Quel autre dirigeant ferait cela dans son pays ?

Je suis fier de l’Espagne et j’ai le cœur espagnol. Puisse ce pays montrer la voie à ses voisins.

Et je n’oublie pas l’avant-gardisme qu’il manifeste depuis longtemps. En particulier, concernant les droits des minorités, la violence faite aux femmes et aux enfants, le traitement des plaintes liées à ces crimes. J’ajoute la régularisation des immigrés, la loi sur l’aide à mourir, la défense des communautés LGBT+. Bref, l’Espagne est en avance sur tout. Disons plutôt que les autres sont en retard.

Merci à l’Espagne et à ses dirigeants de nous donner de l’espoir et la preuve qu’il suffit de courage politique pour faire avancer les choses.

J’aime ce moment Espagne. Et si dimanche, l’Espagne l’emporte en foot, ce sera la cerise sur le gâteau de la couronne.

Erratum 20 juillet 2026 : L’Espagne a bien gagné la Coupe du monde de football.

 

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8 septembre 2026

Promenade quotidienne

 

Tous les jours, pendant ma promenade quotidienne, je ne peux m’empêcher de penser à Emmanuel Kant qui, toute sa vie, a fait la même promenade, tous les jours, dans sa chère ville de Königsberg, ville qu’il n’a jamais quittée, dit la légende.

Pour ma part, je varie les trajets, je fais à l’envers, je coupe à travers ville. Et le plus souvent, d’un côté ou d’un autre je fais un aller-retour entre chez moi et le Pont Valentré dans ma propre ville, Cahors… que j’ai déjà quittée.

La comparaison est audacieuse et elle s'arrête là. Le génie du philosophe ne m’a pas visité.

Si j’imagine une déambulation profonde, tête baissée, bras dans le dos pour Kant, ma démarche est toute autre. On pourrait dire que je fais de la marche rapide. Cela dure 45 minutes pleines de réflexion. Une façon de faire travailler corps et esprit. Il me faut bien entretenir mes artères, mes muscles et mes neurones. Moins régulier que mon prédécesseur, je me soustrais à l’exercice en cas de pluie ou d’activités diverses obligatoires. Bref, je suis petit joueur, mon cher Emmanuel.

Alors, pour me rassurer, je me compare plutôt aux familiers du canapé, ceux qu’aucun médecin n’a convaincu d’aller bouger, d’aller se bouger. 

Dans les questionnaires de la Sécu, on liste les activités physiques de la journée. On y trouve, Passer l’aspirateur ou Monter l’escalier. C’est vous dire si certains partent de loin. Ayant fait du sport toute ma vie, je culpabilise de ne pas m’activer plus tant j’ai le sentiment d’avoir régressé. Raisonnablement, j’ai adapté l’activité à l’avancée en âge et d’aucuns me félicitent de ce que je fais encore. Il faut dire que je ne fais que répondre à ce que mon corps réclame. Il veut du mouvement. Alors, je lui en donne. En douceur aujourd’hui. Il n’est plus question, ni de se dépasser, ni d’être dans la performance. Je ne veux pas me fatiguer ou gagner des médailles. Me maintenir en forme, me suffira. 

J’ai prévu d’ajouter à ma marche quotidienne et à mes randonnées ponctuelles deux activités en club. Ce sera pour septembre.

La première me permettra de travailler un peu les muscles du haut du corps que j’ai toujours négligés. Ce seront des Pilates.

La seconde me renverra à mes amours de jeunesse pour les arts martiaux, mais, avec la lenteur qui sied à mon âge. Ce sera du Taï Chi.

Voilà, mon corps de 68 ans a encore de l’ambition.

 

8 septembre 2026

Que demander de plus ?

 

Tout va bien dans ma vie : je m’immerge dans le marché, je sors de la librairie, il fait beau et je suis amoureux. Que demander de plus.

Il est tôt. Je plonge dans les étals. Le marché d’été tient ses promesses. Les touristes sont au rendez-vous, les robes d’été font un concours et les sourires ne reflètent pas l’état du monde. Tant mieux. Les gens sont heureux et ça me rend joyeux. Chacun déteint sur l’autre. La vie est belle.

Plus j'avance, plus j’ai l’impression de me faufiler dans l’idée que je me fais de l’Inde, que je ne connaîs pas. Je glisse sur une palette de peintre optimiste. J’aspire les couleurs, les odeurs et la joie partagée. Les produits proposés ne sont pas en reste, ils jouent le jeu du jour : explosion polychrome obligatoire.

Plus loin, la librairie m’attend, ou plutôt la libraire. Sympathique, avenante et professionnelle, elle a répondu à toutes mes demandes. Je me dis que c’est un bon jour. Je repars livres sous le bras et longe les terrasses pleines d’humains qui ne savent pas qu’ailleurs guerres et famines font leur œuvre. Je souscris à cette légèreté sans culpabiliser.

Je rentre déguster ma tranche de melon canari en envoyant un message tendre à mon amoureuse. Elle me répond. Que demander de plus. Puis, je mange mon marché tout en fraîcheur pendant que dehors, monte la température. Je passerai l’après-midi confiné.

Tout à l’heure, après la sieste, je commencerai un bouquin, je ferai ma page d'écriture quotidienne et je penserai à la simplicité du bonheur. Simplement.


 

8 septembre 2026

En pleine gueule !

 

Il est des émotions qui sont des explosions. Des explosions de beauté, j’entends. Elles ne prennent pas le temps d’arriver, ni celui de prévenir. C’est là. Ça vient envelopper le visage ou le cœur en un millième de seconde. On n’y peut rien. On subit. En pleine gueule, pourrait-on dire. Que du bonheur, mais si grand et si soudain qu’il coupe le souffle. On s’en souviendra… toute sa vie.

J’avais à peine couru trois kilomètres dans mon marathon de Barcelone, encore en mode échauffement, à gérer l’allure pour ne pas m’emballer, dans un peloton pas encore étiré, qu’après un virage à angle droit qui ne connaissait pas son pouvoir, je me retrouve face à la Sagrada Familia. Et, j’en suis sûr, c’est elle qui venait vers moi, pas l’inverse. Elle m’a soufflé. Plus question de course à pied, de performance, de chronomètre. C’est la beauté et l’imposante structure qui m’ont avalé. Groggy, je mettais un pied devant l’autre machinalement, sans être sûr de sortir vivant de ce choc émotionnel. Cela a dû durer dix à quinze secondes tout au plus. Mais, c’était d’une telle violence esthétique que, treize ans après, je le revis dans mon corps.

J'avais marché plus d’un mois sur les chemins de Compostelle espagnols. Après avoir atteint Saint Jacques, il me restait quatre jours pour arriver sur la côte atlantique, à Fisterra. Seul, dans la forêt, d’un pas de métronome je grimpais une piste en regardant mes chaussures. Parvenu en haut de la côte, je levai les yeux et l’océan, ou plutôt la vue de l’océan, est venue se déverser sur mon visage. On m’avait balancé une bassine d’eau à la figure. La joie, en un instant, a gagné son paroxysme ; comme une récompense aux 800 kilomètres effectués jusque là. Je ne touchais pas le but. Le but me touchait.

Je visitais l’exposition Soulages au musée Fabre à Montpellier. Fasciné par ses œuvres, bien sûr, je déambule de toile en toile, quand arrivant sur un tableau, l’émotion est si forte que je me sens mal. Touché et presque coulé. Voilà, d’un coup encore une fois. J’appris plus tard, chez l’ophtalmo que mon malaise, ma vue troublée s’expliquait par un décollement du vitré. La beauté avait fait son œuvre, me décoller le vitré.

Je randonnais près d’Aire-sur-l’adour, quand au sortir du bois, la chaîne des Pyrénées s’invitait. Un flash d’une grande beauté. Encore un cadeau. L’horizon rempli comme mes yeux incrédules et mon émotion au zénith.

J’arrête l’énumération ici. Je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec Proust et sa Recherche dont la lecture peut paraître longue et lente, parfois monotone, mais qui nous remercie d’avoir tenu la distance par des pépites distillées par-ci par-là. Un éclair de génie. Comme s’il avait voulu nous endormir pour nous surprendre d’un coup. Ce qui fait qu’on continue la lecture, quoi qu’il arrive pour attendre la prochaine intelligence, la prochaine beauté, à la page suivante, au détour d’un virage. Alors, marchons, courons, visitons, lisons, la surprise sera au rendez-vous.

 

8 septembre 2026

4 heures du mat'

 

A la recherche d’un sentiment de puissance, il n’y a rien de mieux que se lever très tôt, très très tôt. Disons vers 4 heures du matin. Et sortir. Là, on se sent propriétaire du monde. On a du pouvoir sur tout pendant que les autres dorment encore. Bien entendu, on ne peut pas expérimenter cet état si on ne s’est pas couché avant. C’est offert aux couche-tôt, pas aux couche-tard.

J’avais huit ans. Mon frère et moi devions partir en vacances au fin fond de l'Italie avec un ami de mon père. Ma mère hospitalisée et mon père devant travailler n’avaient pas trouvé d’autre solution pour nous garder que de nous envoyer “au pays” passer du temps chez nos oncles et tantes. Pour atteindre la Gare de Lyon, il nous fallait prendre un train de banlieue, aux aurores. La gare se trouvant au fin fond de la forêt dans la banlieue ouest de Paris, il nous fallut, sans autre moyen de locomotion que nos jambes porter nos valises en pleine nuit sur des routes désertes.

La situation était a priori triste. Je quittais mes parents, livré à un quasi inconnu, pour voyager 24 heures dans des trains au confort des trains de 1966. Heureusement, la présence de mon frère de deux ans de plus que moi me rassurait. Rien de folichon dans cette situation. Et pourtant, du haut de mes huit ans, je me sentais invincible. J’emplissais mes poumons de cette fraîcheur matinale, j’allongeais le pas sur ce bitume sans aucun véhicule si tôt, et je me sentais le roi du monde. J’étais là, fier d’être si courageux pendant que le monde sommeillait encore. Lorsqu’il m’arrive encore, 60 ans plus tard, de sortir à l’aube, ce souvenir me traverse et me remplit de joie. Je retrouve une fierté de propriétaire.

Un autre souvenir identique me traverse : j’ai quatorze ans. Le samedi et le dimanche, je vais travailler comme caddie au golf de Saint-Nom-la-Bretèche, c’est la même commune que celle de la gare de mes huit ans. Pour avoir une chance d’avoir une course, c'est-à-dire d’accompagner un joueur sur un parcours, il faut arriver dans les premiers. Donc, je me levais à 4 heures et marchais les quelques kilomètres qui me séparaient du terrain pour m’inscrire sur la liste d’attente. Parfois, malgré ces précautions, je n’avais pas de travail. Bref, l’essentiel est ailleurs. Je redevenais maître du monde de mon lever au lever du jour. Maître du monde, vous dis-je.

Cela m’arrivait aussi lorsque je devais, pour un petit boulot, travailler sur le marché pour installer le stand de fruits et légumes bien avant que n’arrivent les premiers clients. Ou quand j’allais courir aux aurores pour profiter de la fraîcheur en été.

C’est le décalage qui fait du bien. Une impression d’être plus vaillant que le voisin, plus résistant.

La devise de ma jeunesse, c’était Courage et Volonté, Volonté, Courage. Je pouvais à la fin de la nuit prouver que je tenais mes engagements. Inutile de dire que ces expériences m’ont forgé et beaucoup aidé dans ma vie.

 

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8 septembre 2026

Un mystère

 

Malgré mon âge déjà avancé, il y a un mystère que je traîne depuis l’enfance et que je ne parviens pas à éclaircir : Pourquoi les femmes se font avoir par les séducteurs ?

C’est pourtant marqué dessus. Ils arrivent avec leurs gros sabots, ils enfilent des perles éculées et ils n’ont honte de rien. Si moi je le vois, elles doivent bien le voir, elles qui sont censées avoir plus d'intuition et plus de flair.

Eh bien non ! Elles plongent. Elles ne sont pas idiotes et elles plongent quand même.

Tout le monde sait que les séducteurs ne tiennent pas la distance, qu’ils s’essoufflent dès qu’ils sont arrivés à leurs fins, la séduction justement. On ne peut pas compter sur eux. Rois de l’apparence et du baratin, ils sévissent, c’est le mot, partout. Leurs marches d’approche sont des plus ridicules et, en toute logique, ils devraient collectionner des paires de baffes pour leur vulgarité. Mais, ils sont, non seulement, incorrigibles, mais confortés dans leurs attitudes. Car, ça marche ! Pourquoi s’en priver.

Déjà, dans les booms de l’adolescence les filles allaient vers les vantards et les m’as-tu vu. Nous autres, les timides et les sincères étions relégués en bout de banquette. Pourtant, c’est bien sur la banquette qu’étaient les coureurs de fond, ceux sur qui on pouvait compter, qui ne vendaient pas de salades et de compliments bas de gamme.

J’en suis encore là. Je ne comprends pas. Les séducteurs déçoivent, manquent de fiabilité, et bien sûr de fidélité. Éternelle opposition entre plaisir et bonheur, entre court et long terme, entre amusement et sérieux ? On nous a pourtant répété maintes fois qu’il convenait de se méfier de ce qui brille. C’est du plastique et parfois de la plastique. On devrait privilégier des matières plus nobles ; le bois et l’acier ne finissent pas en chiffes molles. En revanche, ils se cachent dans les coulisses, pas sous les projecteurs. On nous a aussi dit qu’il ne fallait pas chercher ses clés à l’endroit où il y a de la lumière. et pourtant !

Ne craignons rien, je n’ai pas lâché l’affaire. Dès que je peux discuter sérieusement avec une femme, je lui pose la question. Aucune ne m’a encore donné une réponse satisfaisante. Donc, je ne comprends toujours pas. Et, bien évidemment, je me refuse à penser que la femme est conne, j’ai toujours fait parti de la teamavenir de l’homme”.

 

8 septembre 2026

On ne se voit pas

 

On ne se voit pas. Chacun a une image physique de soi avantageuse. Dès que l’on parle avec quelqu’un, il dit qu’il ne fait pas son âge, et surtout qu’on lui dit qu’il ne fait pas son âge. Mettons de côté la gentillesse ou politesse des gens. Il semblerait que ce soit dû à l’idée qu’on se fait soi-même de ce qu’est quelqu’un de notre âge.

A chaque fois que j’entends qu’un septuagénaire a eu un accident ou s’est fait agressé, j’imagine un grabataire impotent. Et pourtant, j’y suis presque à 70 ans. Peut-être avons-nous gardé imprimé dans nos mémoires, l’image que nous avions, enfant, des vieux. Du temps où on mourrait à 50 ans ou qu’on allait en maison de retraite à 60. Aussi, on se trouve toujours plus jeune que cette image.

Et puis, on a tellement l’habitude de se voir dans la glace qu’on ne se voit pas vieillir. Cela s’est fait subtilement, seconde après seconde. Il faut un regard extérieur pour rétablir la vérité. Ou parfois, son propre regard qui arrive à l’improviste dans une vitrine. On évacue aussi vite.

Bref, nous sommes malhonnêtes avec notre apparence. Et,  on est malins. Pour bien prouver notre sentiment, on se compare ; et, bien sûr, aux plus dégradés, aux plus amoindris.

On pourrait dire qu’on fait la même chose avec notre esprit. Chacun se croit plus éveillé, plus moderne, plus vif que le voisin. Les pensionnaires des maisons de retraites trouvent leurs voisins trop vieux et répètent à tout bout de champ qu’ils ont toute leur tête. Le fait qu’ils le répètent prouve que ce n’est pas tout à fait le cas.

Cela me fait penser aux belles-mères qui se croient toujours exceptionnelles, tellement différentes des autres, pas moralistes, pas envahissantes, pas intrusives.

On s’accroche à la jeunesse. On freine des quatre fers tant la ligne d’arrivée, ou plutôt les dernières foulées nous effraient. 

On s’accroche à son individualité quand on finit, par effet générationnel d'être un clone de nos pairs.

On s’accroche pour donner le change et le miroir est complice de notre déni. On ne se voit pas.

 

8 septembre 2026

Envie d'Inde et de Normandie

 

Mon amoureuse a envie d’Inde et de Normandie. Et moi, je n’ai qu’une envie : lui faire plaisir. Alors, je suis capable de revenir sur tous mes principes, de faire des entorses à mes engagements. Je refuse de prendre l’avion. Mais, l’Inde à pied, c’est compliqué. Soit, je prendrai l’avion… pour mon amoureuse. Je ferai le touriste lambda… pour mon amoureuse. Je prendrai un tuk tuk jaune et bleu… pour mon amoureuse. Et je ferai une photo devant le Taj Mahal.

Voilà comment l’amour vient à bout de tout. On avait dit Plus jamais à l’amour, à l’avion, au tourisme, à la viande. Tout s’écroule. J’ai promis à mon amoureuse de goûter sa daube légendaire. Et nous irons en Normandie en voiture.

Il nous reste vingt ans à vivre en bonne santé, si tout va bien. En vingt ans, je ne sauverai ni la planète ni le monde. Alors, avant la ligne d’arrivée, je veux faire plaisir à mon amoureuse. Plaisir que je partagerai, bien sûr. Je suis désormais prêt à tout. Et même à encaisser les critiques de tous ceux qui ne manqueront pas de me rappeler mes idéaux. C’est aussi Être amoureux. Au minimum.

Que serait un amour à moitié, tiède, sélectif ? Une association, une collaboration, une coloc ? Je n’imagine pas tempérer mes sentiments. Tout, tout le temps. Et advienne que pourra. Ah, ça vous change vos priorités d'être amoureux. Et, c’est très bien comme ça.

Bien entendu, il convient de rester raisonnable, de ne pas devenir “possédé”, capable de crime ou d’indécence.

Tout au plus, je veux bien mettre mon grain de sel dans le contenu du voyage. 

Pour la Normandie, je serais partant pour Honfleur, Etretat, Villerville et pourquoi pas les plages du Débarquement. Profitons-en pour faire un crochet par Giverny et Auvers-sur-Oise tant que nous serons au nord de la Loire. Je veux visiter Versailles et Notre-Dame. Bref, je me plie tout en influençant.

Pour l’Inde, je me purifierais bien dans le Gange ; ça ne peut pas faire mal. J’ai une vague image du Rajasthan et l’idée d’en être ébloui par ses couleurs m'attire bien.

Et je suis ouvert à toutes les surprises.

Par amour, on avale des couleuvres avec consentement. J’assume. C’est de l’amour, pas de la soumission. Mon amoureuse ne m’a rien demandé. J’anticipe.

 

8 septembre 2026

Le crépuscule de ma mère

 

Ma mère a 94 ans. Elle est en EPHAD depuis trois mois. Affaiblie, déprimée, elle veut mourir. Elle dit qu’elle n’a même plus la force de faire quelque chose pour y parvenir. Comprenons que même le suicide lui est impossible. Elle ne marche plus, ne tient même plus debout. Elle doit peser 40 kg tout au plus. Et surtout, elle n’a plus aucune motivation pour rien. Son visage est retombé, il tire vers le bas. La peau sur les os, dit-on.

Il n’est plus question de la stimuler, il n’y a plus ni flamme, ni étincelle dans son corps et dans son regard.

Elle n’a plus trouvé qu’un moyen de partir plus vite : ne plus manger. Certes, c’est une solution, mais la descente est lente. Surtout qu’elle est sollicitée par le personnel et la famille. Ajoutons à cela qu’elle est très nerveuse et désagréable avec tout le monde. Elle ne veut plus vivre et on la maintient. Cela la met en colère.

On ne va pas la tuer, c’est clair. Mais, la déchéance est terrible, triste, insupportable pour tout le monde, à commencer pour elle. Je serais d’avis de la laisser partir sans lui prodiguer de soins excessifs. Pourquoi la forcer à manger ? Pourquoi tenter de la motiver ? Pourquoi, encore, la stimuler ? Laissons-la partir comme elle l'entend. Pourquoi ne pas la perfuser pendant qu’on y est ? 

Ses enfants sont partagés. Les garçons partagent mon opinion, quand les filles veulent la maintenir le plus longtemps possible. Bref, ce sont des cas qu’on ne tranche pas.

Pendant ce temps, chaque fois que mon téléphone sonne, je me pose la question de la nouvelle de sa mort. J’en suis à la souhaiter à chaque sonnerie. Pour qu’elle soit soulagée, pour que nous acceptions l'inéluctable.

J’ai peu de pouvoir étant à distance. Aussi, j’attends et j’espère que son calvaire va bientôt prendre fin. Le plus tôt sera le mieux.

 

8 septembre 2026

Une journée mystique

 

Il est 8 heures. En septembre, en Espagne, il fait encore noir. Pas pour longtemps. Dans vingt minutes, derrière la barrière de nuages sombres, le jour se lèvera et offrira une lumière jamais vue.

Je quitte le gîte San Bol, au milieu de nulle part, sac sur le dos, seul sur mon Chemin de Compostelle. J’en suis déjà à ma treizième étape, et rien ne laisse présager ce que cette journée aura de mémorable. Dans cinq à six heures, j’atteindrai Castrojeriz et je cocherai la case sur mon carnet de bord.

Sauf que là, sur ce chemin de terre, dans cette pénombre qui s’estompe, d'un coup, mes pas se font en l’air. Je ne touche plus le sol. Mon sac est une plume. Des ailes me poussent. La sensation est celle d’une aspiration par le haut. Aspiré par le ciel. Il n’a pas fallu longtemps pour que j'attribue le phénomène à un appel de Dieu. Pas moins. J’ai respiré et accepté. Je n’ai pas voulu rationaliser ou résister. C’était une force supérieure à mon libre arbitre.

Dieu m’appelle ? Soit, je suis disponible.

Ce n’est que plusieurs jours plus tard que je suis sorti de mon état, que j’ai commencé à attribuer la sensation à une accumulation de kilomètres ou à une cadence des pas propices à une expérience paroxystique, à une transe induite par le mouvement du corps.

Pour l’heure, je suis tout à ma révélation et je l’accompagne. Je vole donc, pendant que le jour se lève et m’inonde d’une lumière qui dès lors, sera pleine de sens.

J’atteins le village de Hontanas une heure plus tard, une heure de lévitation, va sans dire. J’y prends mon petit déjeuner et quelques photos. Je croise Cristina, une Américaine rencontrée la veille avec qui je parle italien. Je chemine lentement sachant que c’est ma plus petite étape du parcours, à savoir 14 km. Hontanas m’a fait l’impression d’un havre de paix. Déserte à 09 heures du matin, elle apparaît comme un village western. On attend les chevaux et le saloon. Mais, Hontanas vous caresse et s’imprime en vous, à vie.

Me revoilà dans la campagne sèche, brûlée, poussiéreuse. Le pas léger et l’esprit habité, je parcours les 6 km me séparant du Couvent de San Anton, dans l’état d’esprit de l’élu, celui que Dieu a désigné pour la révélation du jour. Couvent abandonné, délabré. Cow-boys et indiens ont dû y livrer bataille un jour.

Désormais, il n’y a plus de nuages, hormis celui sur lequel je suis. Encore quelques kilomètres, et j’atteindrai Castrojeriz où mon auberge m’attend. A l’horizon, au bout du chemin de terre et de l’interminable ligne droite, se dessine une église. Comment, après une journée pareille, ne pas entrer dans une église ? Je le fais. 1€ la visite. Et là, étant devenu croyant deux heures auparavant, je remercie Dieu. C’est la moindre des choses. Je ne sais pas encore qu’au cœur du village, une autre église m’appelle. Elle est à la fois église, musée et office de tourisme. Encore 1€. Sur la porte de sortie, je lis sur une affichette, en espagnol, une petite phrase qui à ce moment a tout son sens : Celui qui découvre la foi, chausse des lunettes qui lui feront désormais tout voir à travers elle. Signe, s’il en fallait, que j’étais rentré dans un autre monde.

La nuit suivante fut, on s’en doute, empreinte de spiritualité, voire de religiosité.

On dit que le Chemin est magique. Cette expérience, même si elle ne m’a pas changé, m’a marqué. Et, je suis bien obligé d’admettre qu’il s’est passé quelque chose. Fruit de mon imagination ? Quête inconsciente ? Réel appel de Dieu ? Je ne saurais le dire. Et, bien que je sois revenu à ma nature rationnelle, je respecte l’expérience. C’était beau et apaisant.

 

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