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Titrer "La Mission de vie", c'est déjà faire fuir une bonne partie de lectorat potentiel. Un parfum de religieux vient de passer devant les narines des plus sceptiques et faisant coller la résonance du mot mission à des schémas intégrés et solidement ancrés, ils fuient le catéchisme pressenti.

Avoir une mission de vie ne semble pas une évidence pour tout le monde. Comme nous l’avons vu dans l’idée d’apprendre à vivre, cela paraît même superflu et même saugrenu à ceux qui vivent sans conscience, ceux qui vivent sans se regarder vivre.

Penser, réfléchir, remettre en question et chercher sans relâche l’amélioration de soi, de ses actions et comportements est, pour certains, l’essence même de leur existence, leur raison d’être pourrait-on dire. Les rouages de leur fonctionnement pourraient être développés, mais ce qui nous occupe ici est le résultat de ce mécanisme. Qu’en font-ils ? A quoi sert-il ? Qui sert-il ? A priori, il sert leur évolution personnelle, mais aussi, et c’est essentiel, par un effet de contagion, par diffusion ou par mimétisme, tous les autres. Ce qui permet de dire que le développement de soi sert à tous, que ce qui peut sembler un intérêt personnel ou un travail autocentré s’avèrera généreux, altruiste et épandeur d’idées suscitant une réflexion personnelle donc une évolution de l’autre. Cela est une mission de vie.

C’est la mienne. Aussi vague et abstraite soit-elle, elle aura, j’en suis persuadé, son utilité pour le Tout. A sa mesure certes, modestement, localement si je puis dire. Et faire évoluer l’humanité, ne serait-ce que d’un micron de micron de micron d’épaisseur de cheveu, c’est déjà pas si mal.

On trouvera, dans des ouvrages plus techniques, le moyen d’aller déterminer sa propre mission de vie, par des exercices. Ce n’est pas le propos ici. Je me bornerai à rappeler qu’à titre personnel, l’éveil permanent, la remise en question et l’extrême rigueur apportée à avoir une « Vie honnête » me servent de mission.

L’époque pseudo-moderne nous abreuve d’injonctions à prendre du plaisir, "profiter", suivre des instincts (qu’on nomme, par erreur, intuitions pour faire plus évolué) et assouvir ses envies. On dirait plus ouvertement de vivre égoïstement et sans réfléchir à une globalité du monde qui nous entoure et au bien-être de nos semblables, ce serait plus clair. On saurait à quoi s’en tenir. Il n’est là aucunement question de mission de vie bien sûr, c’est même l’inverse, c’est l’inconscience et l’insouciance en lieu et place de la responsabilité. Pourquoi pas se divertir, pendant qu’on y est !?

Connaître sa mission de vie se fait souvent avec le temps et coïncide avec ces étapes et virages qui ponctuent notre chemin. On parle de crises ou de changements, et c’est souvent dans le rétroviseur qu’on peut définir les choses, y trouvant finalement du sens et de la cohérence. Cela devait être, pense-t-on. Sens il y avait ou sens on y met ? Peu importe, c’est passé et il convient d’en faire quelque chose. La résonance spirituelle évoquée plus haut s’invite forcément. Les plus crédules parleront de destin et les plus rationnels de choix cohérent. Faire coller la mission à ses capacités et ses valeurs et en faire le squelette du reste de son existence sera l’enjeu de l’avenir. C’est à l’opiniâtreté qu’on mettra à continuer son projet contre vents et marées alimentés souvent par des moins ambitieux prompts à argumenter de façon prosaïque qu’on reconnaitra une mission de vie. Les lubies passent et les fausses croisades s’essoufflent. Rien n’arrête l’Honnête Homme sur son chemin lorsqu’il est déterminé à faire le bien avec humilité.

Les envolées lyriques n’excluent en rien la planification et c’est avec méthode qu’il conviendra de procéder pour pouvoir se dire, serein, tranquille : j’ai fait ce que je devais faire. De mon mieux.

Et puis, je l’avoue, je n’ai jamais trouvé très amusant de s’amuser. Alors, autant faire plus beau et plus universel.