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Ceux qui vous assènent, se croyant sages et indulgents, qu'il convient de respecter la vitesse de chacun, emploient souvent une phrase toute faite."C'est chacun son rythme", disent-ils. Force est de constater que c'est toujours le plus lent qui défend la théorie. Il veut dire par là que vous devez respecter sa vitesse à lui, que vous qualifiez, vous, de lenteur. Mais, prenons le conseil au pied de la lettre. Alors, nous pouvons lui demander à lui de respecter notre allure, qui le dépasse, si je puis dire. Seulement voilà, rien que cette explication est allée plus vite que sa compréhension possible. Ne comprenant pas, il rejette, c'est classique. Résultat : vous êtes coincé par une injonction paradoxale, vous suivez le conseil et vous êtes coupable, vous ne le suivez pas, c'est pareil. Il aurait mieux fait de dire : "chacun Mon rythme", on aurait mieux compris son intention.

L'énergie intérieure est souvent taxée d'impatience. Peut-être est-ce vrai ? Elle est impatiente, car le décor est inerte ou au ralenti. Elle ne comprend pas qu'on se traîne et qu'on s'endorme quand il y a tant à faire, tant à être, tant à aimer, à construire. Elle a à voir avec la frustration et l'inhibition de l'action. Le moteur vrombit dans les paddocks et les freins sont encore bloqués. Il faut attendre les autres, les respecter, dit-on. En quoi aller à sa propre vitesse, ne respecterait pas les autres ? 
Alors, cette énergie qui aurait pu arroser le monde et se renouveler sans cesse, et sans effort, se sclérose, se fait des noeuds, s'auto-bloque. Tout cela, pour ne pas rabaisser son voisin. Voisin, qui, plus humble et plus malin, aurait pu prendre la roue et se servir de l'aspiration, pour entraîner son corps intérieur et, sans doute un jour, en inciter d'autres à faire de même. Parfois, cette énergie non-distribuée fait des dégâts. Elle explose sans stratégie, avec violence, tant elle a été comprimée. Et si le mal n'est pas fait à d'autres, il est fait à soi-même.

Oui, il est des personnes qui vont plus vite que nous, qui, le temps d'une inspiration ont compris ce que nous mettrions des jours à enregistrer. Elles le font sans effort, sans mauvaise intention et sans arrogance. Et, presque toujours, avec la générosité d'un enfant. Elles souffrent de cette incompréhension. Doublement. Souffrance de ne pas être comprises et souffrance de voir l'autre dans son incompréhension. On pourrait même en ajouter une troisième : la souffrance de l'autre récupérée, quand il prend conscience qu'il ne comprend pas.

Alors, de grâce, ne jugeons pas ce qui nous dépasse ou ceux qui nous dépassent, prenons d'eux, apprenons, respectons. La mode est au nivellement par le bas. La mode passe toute seule, mais à son rythme, lent. L'impatience de notre énergie n'a qu'à changer de mode, par décision, par volonté. LE mode élitisme pour tous et ambition partagée. La masse se fera une raison à force de voir défiler l'élan puissant (et pas les lents faibles, si j'ose) et programmera ses muscles de l'énergie intérieure pour faire de même. Chacun son rythme, mais dynamique, please !