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Je vous souhaite de l'intelligence.
Je n'ai pas trouvé mieux. Car il n'y a pas mieux.
J'ai exploré l'histoire et les tréfonds de l'âme, le sordide et le merveilleux, l'éthéré et le paléozoïque, et j'ai rendu mon âme à deux cerneaux de noix, bien nichés sous un crâne et qui sont tout mon moi.
Vous avez beau me dire qu'animal je suis, je n'en crois qu'un demi-mot. Vous pouvez me prouver que des tendons se bougent hors de ma volonté, je suis sourd à vos mots. J'ai épousé ma tête par tous les pores de peau et décidé tout seul de ce que feraient mes os. Je ne crois qu'au grand chef qui trône sous ma couronne, au phare vivace qui luit sous mon bonnet.
Que mes mains émettent du sensuel en caresses lascives, que ma peau en reçoive en exaltants retours, que mon coeur s'enchamade ou ma virilité s'étire, c'est ma tête qui fonctionne, état-major suprême.
Que les coups de tempêtes extérieures et d'ordures ennemies s'attaquent sauvagement à mon corps et mon âme, c'est à moi d'ordonner une réponse mesurée, juste et ajustée. C'est là-haut, au QG que je dois décider.
Que les aiguilles du temps qui passe, piquent un peu plus chaque jour, qu'elles courbent mon échine et ramollissent mes mollets, je n'en décide pas moins, d'en prendre la conscience, d'accepter la sentence et d'en ralentir les effets.

Vous pourriez m'objecter qu'on ne maîtrise pas tout, et, qu'il est bien présomptueux de s'octroyer ce pouvoir sur toute chose. C'est une vision qui se croit humble, mais qui est fataliste. Ce n'est pas qu'on soit frappé de surpuissance folle, mais qu'on se donne la liberté de choisir à chaque instant, quelle que soit la situation qui se présente à soi. La liberté du choix, c'est la liberté.
Ce serait pure folie de croire freiner les cyclones par un coup de menton du cerveau. Mais, les tempêtes intérieures ont des soucis à se faire si tout en haut du mât, un vaillant capitaine rationalise ses choix.
Car s'il est de bon ton d'affirmer qu'émotions et irrationnel nous guident tout autant que la pensée, il n'en est pas moins vrai, que la réflexion du grenier permet de gouverner. Et c'est bien mieux comme ça.
Et si, à court de pouvoir, on se trouve dans l'impasse, que toutes les clés sont inopérantes, il restera le choix d'avoir l'intelligence d'aller en chercher d'autres, se donner les moyens d'acquérir compétences, ou demander de l'aide au voisin mieux outillé.

Je nous souhaite de l'intelligence. Et je ne la qualifie pas. Trop de petits malins ont voulu la saucissonner pour la vendre en morceaux. C'est de la technique de vente. Aux moins analytiques, on a vendu l'émotionnelle. Rassurés sur eux-mêmes, ils ont sorti la carte bleue. Aux plus logiques, on a collé des barèmes. Pour les plus idiots, on a changé les normes. On l'attribue au coeur, au ventre, aux mains, aux pieds. Ainsi, chacun partant rassuré, on n'aurait plus besoin de travailler la noix au moulin de la réflexion. L'huile qui en sortirait serait à l'aune de son pressage.

A ceux qui ont voulu ranger l'intuition dans la vulgaire caisse à outils du ressenti et du viscéral, j'ai le regret de répondre qu'ils ne s'en sortiront pas avec de l'inné pour élu ou un message divin tout droit tombé du ciel. L'intuition est toute autre. Elle a cette faculté d'amalgamer en un éclair mille messages préalablement intégrés. Elle relève donc de l'intelligence qui permet de mobiliser mémoire, savoir, culture, ressources et vision. Alors seulement, surgit la pensée juste guidant l'action juste. Sans le long travail antérieur, pas d'intuition qui vaille.

Je vous souhaite de la réflexion permanente, donc de l'intelligence. Laissez reposer vos cerneaux et c'est tout votre être qui va s'assécher. Abandonnez les paillettes aux amateurs de vent, ballottés de trop de légèreté. Et, labourez avec méthode et persévérance. Le sillon droit du laboureur vaillant fait les vies dignes, généreusement.
Je vous souhaite de l'intelligence.