Justice, Vérité, Esthétique... et tout le reste est littérature.
Cette affirmation péremptoire est assumée. Elle ne fuira pas pour autant l'argumentation. Il faut dire que le champ d'influence de cette triade est si vaste, qu'elle pourrait tout englober. Alors, plutôt qu'être une affirmation réductrice, voyons-la comme révélatrice d'une saine organisation du Tout.

L'Homme accompli, comme nous l'évoquions précédemment, s'il mérite son nom, a cheminé avec persévérance pendant assez longtemps, une grande partie de sa vie, par monts et vallées et toujours en recherche. Au début sans le savoir, croyant que sa réflexion et sa soif de compréhension et de sens étaient partagées par tous. Ensuite, aidé en cela par nombre de déceptions, il arpenta son chemin en conscience. Ce qui le fit accélérer et devenir insatiable. Lucide sur son fonctionnement, il apprit que sa machine intérieure ne s'arrêterait jamais. A ceux qui l'avaient ralenti lui faisant croire qu'il n'était pas bon de trop "ruminer" ou "se prendre la tête", il finit par ne prêter aucune attention. Eux avaient besoin de débrancher leur cerveau, lui c'est le ronronnement du moteur cérébral incessant qui lui apportait dynamisme, joie et détente. Eux cherchaient à se divertir ou à se détendre et lui prenait cela comme de la diversion et de l'immobilisme.

Au bout du compte, être sur le pont en permanence lui valut de prendre quelques longueurs d'avance en construction intérieure et, par conséquent, en vision globale de la vie et de ses contemporains. Il n'avait pas choisi cette voie comme un défi, elle s'était imposée. Il la suivit. Et c'est en se retournant qu'il comprenait, peu à peu, qu'elle était originale, même si d'autres la partageaient. Ils étaient seulement minoritaires. C'était une déception supplémentaire.
Un jour, comme au sommet de la montagne, ou de la pyramide de Maslow, marche par marche, il avait regardé la vallée. Impressionné de sa propre évolution, travail de fourmi sans but, il ne douta plus du tout, de la dérision et du futile, du maquillage de la vie par la société. Au diable les influences extérieures et les conventions ! Au rebut les besoins de reconnaissance et d'appartenance ! A la trappe le pseudo-accomplissement affiché !
De là-haut, plus rien ne pouvait avoir d'importance que la Justice, la Vérité et l'Esthétique. C'est le sommet du sommet. Celui qui permet d'être lucide sur la réalité, de ne pas se mêler au troupeau, d'appréhender les situations avec calme et tranquillité car les enjeux sont ailleurs. Animal social malgré tout, le conquérant des cîmes côtoie ses semblables, anonyme et autonome dans la foule sans être une partie de la foule. La conscience et la lucidité lui ont offert la liberté psychologique. Une spontanéité nouvelle lui est octroyée. Une assurance modeste l'accompagne.

Si l'Homme accompli ne s'attache pas au matériel, au paraître et aux peccadilles, il saura déplacer des montagnes pour imposer la Justice, risquer sa vie pour défendre la Vérité et passer tout son temps à sublimer l'esthétique.
Il n'a plus que trois raisons d'être. Elles lui suffisent amplement. Chaque cellule de son temps ne sert plus qu'à jouir de cette plénitude. C'est par la complexité que naît la simplicité. Aussi, c'est en complexifiant, sans relâche, son étude de la vie, qu'il lui a été permis de la simplifier avec intelligence et résultat. Encore une fois, la Joie, état suprême, ne peut être que le résultat d'un investissement laborieux.