La Joie devrait porter majuscule. Et pas seulement le dimanche. Elle est tellement structure qu'elle n'a nul besoin de se vêtir. Le verbe avoir ne lui sied pas plus que fanfreluches et feux d'artifice. La Joie est. Et quand elle est, le bavardage, et même la littérature, n'ont plus leur place.

Et pourtant, communiquer reste notre lien d'animal social. Et, on finit par se résoudre à partager de manière prosaïque, ce sentiment de plénitude intense qui ne tient sur rien de tangible. Des mots vont servir de pont, chapelets de lettres alignées au mieux, et qui ne seront jamais à la hauteur de l'ambition source, celle qui cherche à sortir du plexus pour irradier son prochain d'une énergie infinie, sage et généreuse.

Oh bien sûr, la télépathie et autres ressentis supérieurs feraient bien mieux l'affaire, mais, nous savons que tout le monde n'est pas branché sur le même secteur, sur le même canal. Et, les moins éveillés ont droit aussi à la lumière, à l'étincelle qui pourrait faire des petits, ailleurs aussi.

Prosélyte de la Joie, voilà une ambition coupable. Le missionnaire pointe son nez, le Messager s'enorgueillit et le Prophète n'est pas loin. Modeste éclaireur, humble facteur, le Passionneur bouillonne de ne pas faire plus, mais, la crédibilité de son propos en dépend. La valeur d'exemple se suffisant  à elle-même, on devrait vivre sa Joie et laisser la liberté aux passants d'accepter ou d'ignorer l'éclairage. Qu'ils aient celle de lire ou ne pas lire, de chercher ou ne pas chercher ! Le grainetier, parmi d'autres, dépose sur le chemin des graines à ramasser. A ramasser et à planter. Puis, à arroser, à cultiver avec foi et persévérance, sans quoi aucune élévation ne serait possible.

Car, le secret est là. La Joie n'est pas un état tombé du ciel, cadeau gratuit offert par hasard. La Joie est un résultat. Résultat d'un travail au sens noble de l'effort et de l'humilité. « Travail sur soi » dit-on, aujourd'hui, en y mettant n'importe quoi. Avec, mais c'est une autre histoire, des dégâts impressionnants. La société se prend les pieds dans ses lacets noués entre eux quand il suffirait de les défaire avant de vouloir courir. Simplement.

Clément Rosset, philosophe de la Joie, nous la présente, illogique et irrationnelle. Il a raison, si on s'en tient à son état. Je préfère ajouter qu'elle est, néanmoins, le résultat d'une recherche, elle, logique et rationnelle, de comportements, pensées et réflexions en continu permettant de voir éclore cette fleur resplendissante qui prend toute la place quel que soit le cataclysme alentour. Il s'agit donc d'un retour sur investissement plutôt que d'un cadeau gratuit. Et c'est tant mieux.

La Joie ne peut non plus être un objectif. On concentrerait ses efforts sur un but trop oppressant qui nous alourdirait quand l'élévation nécessite de s'alléger. La Joie s'invite chez ceux qui l'ont respectée en ayant une Vie Honnête grâce à des Outils simples et lumineux, permettant d'acquérir la Saine Attitude en s'ouvrant à une Spiritualité Rationnelle (liens vers les développements correspondants).

Comment imaginer que des comportements désordonnés ou des pulsions incontrôlées pourraient nous apporter, un jour, le bénéfice d'être en Joie, d'être Joie ? Ils pourront, tout au plus, répondre à des envies et des plaisirs éphémères. La satisfaction des désirs et la recherche de plaisir ne peuvent qu'entraver le voyage vers des états supérieurs. Je ne prône pas ici un ascétisme monacal, une rigidité militaire ou des frustrations masochistes. Mais plutôt une tranquillité d'action éthique et cohérente, un rapport de cause à effet limpide, et, bien entendu, une sérénité liée à l'action juste, pour soi et pour l'humanité. L'idée n'est pas d'investir en souffrant, mais de faire propre, droit et honnête. Le résultat sera le résultat. Oublions-le. Nous l'apprécierons le moment venu. S'il vient. Une histoire de but et de chemin, assez connue, en somme. L'autre attitude consisterait à, hypocritement, donner pour recevoir, ou, pire, donner de façon faussement détachée, en se disant que l'on va recevoir.

La Joie est tellement « état » que la recherche de définitions et de synonymes se solde toujours par une liste d'outils vecteurs ou révélateurs. Si la Joie est la Puissance d'exister décrite par beaucoup, elle est aussi la Force Tranquille ou l'expérience paroxystique permanente, l'orgasme perpétuel. Elle ouvre l'horizon vers le soleil, la couleur et la lumière, même par mauvais temps, même la nuit. Elle offre liberté parce qu'on ne court plus après quelque chose. On est. Sage et passionné. Actif et confiant. Semeur et moissonneur. Car si la Joie se présente tranquille et sereine, elle recèle un bouillonnement sain, une énergie toujours prête, une philosophie dynamique.

Mais, méfions-nous des illusions. Est-il besoin de préciser que l'euphorie, l'illumination ou l'exaltation ne sont pas de la famille de la Joie ? Elles auraient plutôt à voir avec la crédulité et le besoin de dogmes préexistants pouvant servir de tuteurs. Il s'agira pour leurs adeptes de combler un vide intérieur par un jeu de rôle, déguisement confectionné par d'autres, pour offrir une image à d'autres. Autant dire qu'en s'éloignant de la Vérité, ils s'éloignent de la Joie, car le soufflé retombe vite et mal.  C'est parce qu'elle est structure et non décor que la Joie irradie sans extravagance. Et c'est parce son siège est à l'intérieur que l'extérieur n'a aucune prise sur elle.

La Joie remplit, pleinement. Quelles que soient les réalités périphériques. Ce n'est pas pour rien qu'on l'associe à la plénitude.